Jésus nous invite à la fraternité responsable

Ce Dimanche 06 Septembre 2020 à Pontcharra, nous avons accueilli le Père Philippe Mouy. Voici son homélie.

Dans la classe, un élève vient de voler des trousses. Le maître demande au coupable de remettre les trousses
dans son bureau, sans se faire remarquer des autres. Vous imaginez la gêne du fautif. La sonnerie retentit et
les enfants sortent en récréation. Mathilde sait qui est le coupable. Elle va le voir, lui passe son bras autour de
son épaule et lui conseille d’aller rendre les trousses, en lui promettant qu’elle ne dira rien.
Mathilde a bien réfléchi avant d’inviter son camarade, qui a compris qu’elle veut l’aider à changer.
Et ce matin, Jésus nous dit qu’il ne veut pas seulement des disciples qui sont gentils. Il veut que ses disciples
soient vraiment frères et forment une vraie communauté. Ce n’est pas mal d’être bousculés par cet évangile
pour la rentrée, alors que nous retrouvons ceux avec qui nous partageons le travail et les engagements. Une
bonne occasion pour engager correctement cette rentrée avec un sursaut de bienveillance.
« Fils d’homme, je t’établis guetteur ! » dit Dieu à Ezékiel… dit Dieu à chacun de nous ce matin. Le mot est
beau et fort. Puis Jésus nous fait porte-parole de son amour, de son pardon auprès de nos frères : « Allez, ne
soyez pas timides, augmentez le son ! Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches »
nous dit-il.
Mais j’imagine que, comme moi-même, vous éprouvez une certaine méfiance vis-à-vis de la correction
fraternelle, notamment à cause de tous les travers où elle peut nous entraîner : le risque de faire la leçon aux
autres, de s’ériger en censeur et redresseur de torts, de se prendre pour un saint ou un fort qui vole au secours
d’un pécheur. Ou à l’inverse, à cause de notre contexte plus individualiste et relativiste : ne pas oser
s’immiscer dans les affaires d’autrui, ou ne plus bien savoir ce qui est bien ou mal…
Eh bien, non, dit Jésus. Allez-y ! Surmontez vos craintes, bannissez l’indifférence. Il nous provoque à nous
mettre au service de sa vie, comme si la nôtre ne nous suffisait pas ! Il ne s’agit pas d’une surveillance
policière, mais de « gagner un frère », c’est-à-dire de lui éviter de se perdre.
On passe notre temps à nous lier les uns les autres, à nous paralyser. Il importe de « délier ». Etre à la fois
briseur de chaînes et créateurs de liens d’amitié. Ce n’est pas un devoir, c’est une grâce, car nous ne sommes
pas seuls : le Seigneur est au milieu de nous, et il nous donne le pouvoir de nous soutenir mutuellement :
« Quand 2 ou 3 sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ».
Jésus nous invite donc à la fraternité responsable. C’est tout un art difficile mais essentiel.
Voilà ce qu’a fait Mathilde dans mon histoire. Ce n’est pas une sainte qui vole au secours d’un pêcheur, mais
une pècheresse qui prend un autre par la main.
Au bout du compte, c’est pour notre bien. Car la vraie correction fraternelle devrait réaliser 4 progrès, 4
purifications en nous :

  • Elle doit nous purifier de tout orgueil. Pourquoi ? Fatalement, la remontrance tend à nous hisser au-dessus de
    notre frère. « Descends », nous dit Jésus. C’est du côte à côte, qui doit nous faire dire : « Viens frère, si je n’ai
    pas ce défaut, j’en ai un autre. Aujourd’hui, je t’aide. Demain, tu m’aideras ».
  • Elle doit nous purifier de l’affreux plaisir d’humilier. Cela ne nous concerne pas ? Méfions-nous : corriger va
    faire souffrir. On a tous une goutte de sadisme dans les veines.
  • Elle doit nous purifier de nos problèmes. « Mais enfin, Xavier, regarde dans quelle situation tu nous mets ».
    Regardons plutôt dans quelle situation il se met.
  • Elle doit enfin nous purifier de notre indifférence ou méfiance. « Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me
    regarde pas. C’est son problème, pas le mien ». Mais si justement c’est notre affaire.
    Mais nous serons purifiés de notre orgueil, de notre plaisir d’humilier, de notre égoïsme, de notre indifférence,
    à UNE condition : plonger dans le coeur de Dieu avant toute initiative de notre part. Saint Paul, dans la
    seconde lecture disait la même chose. Alors que la parole de Saint Augustin nous anime : « Aime et fais ce que
    tu veux : si tu te tais, tais-toi par amour ; si tu parles, parles avec amour ; si tu corrige, corrige avec amour ;
    si tu pardonnes, pardonne avec amour. Aie au fond du coeur la racine de l’amour : de cette racine, de mauvais
    rien ne peut sortir
    ».
    Donc, avant toute remontrance ou avertissement à quelqu’un, respirons un grand coup d’amour et gardons
    l’humour.
    Il n’y a pas des forts et des faibles. Il y a des frères et des soeurs qui s’entraident et qui reçoivent tous, s’ils le
    veulent, la même nourriture, « le pain des forts », l’eucharistie.
    C’est le pain que nous allons prendre.
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